THE KENNY WAYNE SHEPHERD BAND: Lay It On Down (2017)

Trois longues années sans un album du guitariste de Shreveport (Louisiane), cela commençait à faire long et on se demandait ce qu’il pouvait bien préparer. Maintenant, on le sait ! Les dernières notes de son nouveau disque viennent tout juste de s’éteindre qu’une constatation s’impose immédiatement : cette attente prolongée en valait vraiment la peine. Kenny Wayne Shepherd maîtrise toujours son blues-rock sur le bout des doigts comme en témoignent « Baby got gone » (un titre funky et syncopé avec un solo expressif), « How low can you go » (un rhythm’n’ blues rapide doté d’une six-cordes très méchante) ou le costaud « Ride of your life » et son solo assassin. Mais Kenny Wayne a décidé de brouiller les pistes avec « Nothing but the night », une chanson pop rappelant légèrement le style d’Eagle-Eyed Cherry. Le refrain teinté de FM se retient bien et une guitare débordante d’écho s’envole pour un magnifique solo. Le passage en radio n’est pas loin. Très bien vu ! Seulement, cela ne s’arrête pas là car le gratteux de Louisiane crée la surprise avec trois morceaux superbes. Tout d’abord, « Lay it on down », une splendide ballade aux accents country-folk, rehaussée d’une pointe d’influence sudiste, qui distille des réminiscences de Poco, des Eagles et de JJ Cale. Une guitare acoustique très inspirée vient renforcer la beauté de ce petit chef d’œuvre mélodique. Ensuite, « Hard lesson learned », une lente ballade country soul avec une pedal steel et un solo mélangeant Dickey Betts et Stevie Ray Vaughan. Enfin, « Louisiana rain », une « southern ballad » poignante avec un solo évoquant encore une fois Dickey Betts. Ces trois titres magnifiques font vibrer le cœur et touchent au sublime ! Puis Kenny Wayne fait à nouveau parler la poudre avec « She’s SSS » (un country-blues accéléré avec une six-cordes tapant du côté du Texas) et « Down for love » (un Texas blues-rock rapide qui cartonne avec un incroyable solo marqué par l’esprit du Lone Star State et de Stevie Ray Vaughan). Chapeau ! L’album s’achève sur un « Lay it on down » acoustique, comprenant uniquement des guitares sèches et des percussions. Cette version dépouillée révèle encore plus toute la magnificence de cette chanson, sans aucun doute la meilleure du disque. Kenny Wayne Shepherd a pris un gros risque en choisissant d’ajouter des ballades à sa nouvelle réalisation. Résultat des courses : il a frappé très fort avec un album tour à tour carré, rugueux, massif et mélodique. Une production qui charmera tous les amateurs de bonne musique et qui démontrera une fois de plus l’immense talent de l’Homme de la Louisiane.

Olivier Aubry